


J'avais retrouvé sa trace dans une auberge bourguignonne.
Faute d'indice, ma quête du mystérieux unijambiste s'était peu à peu muée en errance désoeuvrée.
Lorsque mes recherches m'avaient conduit à la tombée de la nuit devant une auberge nommée "la Patte Brisée", j'avais voulu y voir un bon présage, une manière comme une autre de combattre mon découragement grandissant.
J'y trouvais bien plus qu'un peu d'espoir : la preuve indiscutable de l'existence du savant unijambiste inventeur de la liquéfaction spontanée. Il avait séjourné là quelques semaines. On me confirma son nom, Hépolidre. On me parla de son comportement étrange, de son mutisme, de ces livres et ces cahiers dans lesquels il passait ses journées. Il avait quitté l'auberge deux jours auparavant pour le Cap Ferret.
Je partis donc à travers le Massif Central. Je me hatais d'autant plus qu'on m'avait décrit un homme morose, dépressif, broyant quantité d'idées noires. Malgré la neige qui recouvrait la route autant que les campagnes alentour, j'avalais au plus vite les kilomètres qui me séparaient de l'océan.
Pourtant je n'y pu rien. J'arrivais trop tard.
L'homme était venu ici pour en finir.
Disparu.
Liquéfié.